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Gravé depuis le 12 juillet 2006 sur les flancs immémoriaux du patrimoine mondial de l'UNESCO, l'Aapravasi Ghat (en hindi Aapravasi veut dire immigrés et Ghat se traduit par abri temporaire), lieu de débarquement au 18ème siècle et 19ème siècle des immigrés engagés indiens sur les côtes de l'Ile Maurice , s'échine inlassablement à faire replonger ses nombreux visiteurs sur près de 1 640 m2 de surface patrimoniale à fleur de peau, au cœur d'un pan prépondérant à l'édification de la société contemporaine de l'Ile Maurice actuelle, l'engagisme indien.
En manque de main-d'œuvre servile suite à l'abolition de l'esclavage sur son sol le 1er février de l'an de grâce 1835 avec l'interdiction tacite de la traite négrière, l'industrie sucrière de l'Ile Maurice , aux mains de la couronne d'Angleterre fait appel à des travailleurs sous contrat, les coolies, pour remplacer les centaines de milliers d'esclavages africains en voie de leur libération et bientôt affranchis de fait.
Le mot coolie est issu de la langue tamoule littéralement " kuli" signifiant salaire. Un coolie est par conséquent tout simplement un individu qui travaille pour un salaire payé sonnant et trébuchant en fin de mois.
A partir de 1834, les planteurs franco-mauriciens et britanniques mettent donc en place un système bien huilé de commerce régissant de façon drastique le recrutement et le transport en masse de travailleurs indiens vers l'Ile Maurice dans des conditions quasi inhumaines.
Le 2 novembre 1834, un bateau nommé l'Atlas accoste à Port-Louis et 72 premiers engagés indiens, originaires de Calcutta foulent la terre mauricienne, pionniers d'une longue chaîne humaine exode, berceau de la diaspora indienne, à la recherche d'un or introuvable promis pourtant sur les quais indiens bondés du départ à Bombay, Calcutta et autre Madras.
Dès lors, ce ne sont pas moins de 500 000 travailleurs indiens qui débarqueront avec femmes et enfants jusqu'en 1920 à Port-Louis en exil volontaire, participant grandement à la prospérité économique de l'industrie sucrière mauricienne qui importe en quantité son sucre sur le marché londonien en plein essor.
Ces simples laboureurs de la caste pour la plupart des Dhangar en quête de véritable eldorado et en provenance de l'état indien du Bihar à l'est de la grande péninsule et également de l'Uttar Pradesh, dont la moitié s'implantera définitivement à l'Ile Maurice à l'issue de leur contrat initial avec les industriels sucriers de la place, ont façonné depuis 1835 à la force de leur ingrat labeur dans les champs de canne à sucre sous le joug d'un harassant soleil de plomb, les contours dorés d'une Ile Maurice parée à défier coûte que coûte tous les obstacles.
Des travailleurs en plus petit nombre venus des districts du Tamil et du Telugu, c'est-à-dire l'Inde du Sud, ont opté eux aussi pour s'expatrier corps et âme vers cette nouvelle destination mirifique insulaire et entrevoir un avenir plus radieux sur d'autres rivages lointains.
Leur triste sort quotidien de travailleur n'avait rien à envier à leurs prédécesseurs esclaves même si le travailleur engagé est toutefois une personne liée à un contrat, libre de se marier, rémunéré à 5 roupies mensuelle et non déraciné de force avec quelques vêtements ainsi que de sommaires médicaments de fortune en guise de pitance octroyée en fin de mois.
Un petit débarcadère agrémenté de 14 sobres marches et quelques bassins exigus pour enlever les impuretés d'un long voyage vers la terre promise, un bureau en pierre brute faisant office de centre de premières formalités administratives et médicales avant une obligatoire quarantaine sanitaire… voilà tout ce qui restait des ruines chancelantes et balbutiantes de ce lieu de mémoire hautement symbolique de l'Ile Maurice, situé à Trou Fanfaron, non loin de Port-Louis avant que l'Etat mauricien ne lui redonne ses dernières années une cure jouvence afin que l'Aaapravasi Ghat retrouve sa flamme d'antan et son aspect originel avec les bureaux du Protecteur des immigrants, le hangar pour les immigrés, les quartiers pour les sirdars, l'hôpital de sept chambres, la salle d'opération, les écuries, les cuisines avec cheminée et les toilettes.
Le Premier ministre actuel, Navin Ramgoolam réélu en début 2010 pour cinq ans de mandature, raconte à l'envi une cocasse anecdote familiale selon laquelle son père eut un jour à subir les foudres d'un méprisant notable hautain :
" Mon grand-père était un avocat, mon père était un avocat, je suis un avocat ", ce à quoi Seewoosagur Ramgoolam, Cha Cha pour les intimes, lui aurait répondu calmement du tac au tac : " Mon grand-père était coolie, mon père était coolie et je suis médecin… "
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